Parlez en vos cœurs sur votre couche, puis taisez-vous. — Pause. Je me couche et je m'endors en paix, car toi seul, ô Éternel ! tu me donnes la sécurité dans ma demeure.
Psaume 4,5.9 (Louis Segond 1910)
Rabattre l'écran
Quarante onglets ouverts, trois brouillons jamais envoyés, une dispute qui bourdonne encore — et chaque soir, tu rabats quand même l'écran du portable. Tu ne fermes rien. Tu t'arrêtes, c'est tout. La machine garde tout ça dans le noir, et bizarrement, c'est permis.
Celui qui a écrit le Psaume 4 passait une mauvaise nuit. On répandait des mensonges sur lui, et l'humeur autour de lui était aigre : qui nous fera voir le bonheur ? Rien ne se règle dans le psaume. Aucune excuse n'arrive, aucun verdict ne lave son nom. À la place, il fait la dernière chose que la logique de crise autorise. Il se couche. Délibérément, en pleine crise. Sa sécurité, dit-il, ne tient pas au fait de rester éveillé pour tout gérer.
Tu peux y lire de la foi ou du simple bon sens ; dans les deux cas, ça se teste ce soir. Ce qui est inachevé sera encore inachevé à sept heures du matin, que tu montes la garde ou non. Dormir, c'est admettre chaque nuit que le monde tourne sans ta supervision — huit heures d'entraînement à ne pas être aux commandes. Le psalmiste croyait que quelqu'un de fiable prenait le quart. Toi, tu n'en es peut-être pas sûr. Tu peux quand même rabattre l'écran.
Qu'est-ce qui peut rester inachevé ce soir ?
Je ne sais pas si tu es là, mais je vais dormir comme si quelqu'un veillait.